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Le nom et l’article

1 Introduction

Il y a bien un moment où il faut passer de l’explication à la simple description.

—Ludwig Wittgenstein

Dans la Bible il paraît qu’au commencement était le verbe mais en fait je crois que tu seras d’accord avec moi si je dis que le nom a précédé le verbe.

Ben oui, quand tu y réfléchis deux secondes ça devient évident que la première chose qu’on fait lorsqu’on découvre le langage c’est précisément de nommer les objets abstraits ou concrets que l’on décrit, observe ou utilise.

En français, le nom a toujours un genre masculin ou féminin (contrairement à l’anglais par exemple), et il a également un nombre singulier ou pluriel.

De plus il est souvent précédé d’un article défini ou indéfini (contrairement au russe qui grâce au système des déclinaisons peut s’en passer).

Voilà donc les deux grands axes de cet article.

2 Le nom

Le nom peut être propre ou sale …

Je plaisante, il peut être propre lorsqu’il s’agit de celui d’un individu (Michel par exemple) ou d’une entité propre (la France par exemple) ou il peut être commun.

Tu remarqueras que certains noms propres ont été dérivé en noms communs voire en adjectifs.

Je pense par exemple au prénom Jacques qui a été dérivé en jacquerie qui désigne les soulèvements paysans en référence à la grande jacquerie de 1358.

Certaines personnes débattent actuellement pour savoir si le mouvement des gilets jaunes relève de la jacquerie ou de l’insurrection proprement révolutionnaire…

… le moins que l’on puisse dire c’est que le débat est ouvert…

… jusqu’à quand ? Bien malin celui qui le dira avec succès.

2.1 Son genre

N’en déplaise aux adeptes de l’écriture inclusive, en français on utilise deux genres, le genre masculin et le genre féminin.

Il est bien entendu évident que lorsque tu parles d’une table il n’y a aucune raison qui justifie sa féminité …

… pas plus qu’un bureau ne serait doté d’attributs masculins.

D’ailleurs, d’une langue à l’autre le genre des objets peut varier comme par exemple la fourchette française devient el tenedor espagnol.

Pour revenir au français, le processus de formation du féminin consiste en général à ajouter un e à la fin.

Cette règle générale est pour le moins très inefficace puisqu’en général à l’oral on ne perçoit pas la différence.

Voilà qui explique à nouveau la difficulté artificielle de notre langue bâtie par des prescripteurs (les académiciens par exemple) qui pensent savoir quelles doivent être les «bonnes règles» alors que les descripteurs, ayant une approche scientifique, n’hésiteraient pas à opérer les simplifications nécessaires afin d’optimiser la langue en conformité avec les usages et la practicité.

D’ailleurs, tu remarqueras que dans les autres langues latines comme l’espagnol ou l’italien la marque du féminin s’entend aisément.

Parfois tu dois opérer quelques petites modifications de la terminaison :

  • un acteur, une actrice
  • un champion, une championne
  • un marcheur, une marcheuse

Et bien sûr, tu ne serais pas content s’il n’y avait pas les fameuses exceptions qui seraient censées confirmer la règle :

  • un fils, une fille
  • un mari, une femme
  • un monsieur, une madame

Et ainsi de suite.

2.2 Son nombre

À partir de deux éléments on considère qu’il s’agit du pluriel.

Une première règle simple consiste à ajouter un s à la fin.

Par exemple :

  • un banc, des bancs
  • un livre, des livres
  • un mot, des mots

Attention, les choses se compliquent avec la règle des al/au.

Par exemple :

  • un cheval, des chevaux
  • un journal, des journaux
  • un original, des originaux

Mais les contre-exemples existent.

Par exemple :

  • un bal, des bals
  • un carnaval, des carnavals
  • un festival, des festivals

Il y a aussi les eu qui deviennent eux.

Par exemple :

  • un cheveu, des cheveux
  • un jeu, des jeux

Mais des exceptions existent.

Par exemple :

  • un bleu, des bleus
  • un pneu, des pneus

Et les ou qui deviennent oux.

Par exemple :

  • un bijou, des bijoux
  • un chou, des choux

Enfin il y a ceux qui ne rentrent dans aucune catégorie.

Par exemple :

  • un ciel, des cieux
  • un oeil, des yeux

2.3 Le nom et la chose

Pour clôturer cette partie je te propose un extrait de l’excellent «L’étymologie» de Pierre Giraud de la collection Presses Universitaires de France de 1972

Il n’est pas douteux qu’il existe une relation entre le nom et la chose nommée : le fleuve (lat. fluvius), par exemple, est conçu comme “celui qui coule” (lat. fluere), la pensée est “la chose pesée” (lat. pensare), etc. À la dérivation idéelle (la chose qui coule, la chose qu’on pèse) correspond une dérivation linguistique, – morphologique dans le premier cas, sémantique dans le second où le sens est métaphorique.

[…]La polémique, l’apologétique, l’exégèse favorisent ce type de conjecture dans les écoles philosophiques et elles fleuriront avec les Pères de l’Eglise : homo = humus parce que “l’homme a été formé par Dieu du limon de la terre”.

[…]La rhétorique conçoit bien un embryon de rationalisation qui n’est pas sans analogie avec les critères de la sémantique moderne, mais qui est, comme ces derniers, vague et inadéquat. Ainsi elle distingue déjà la dérivation par similarité, par contraste, par voisinage : crura, “les jambes”, sont semblables au bois de la croix (ligno crucis similiora) ; bellum, “la guerre”, est une chose “qui n’est pas belle” (quod res bella non sit); foedus, “l’alliance”, est nommée d’après l’odeur repoussante du porc (a foeditate porci) – je suppose qu’il s’agit d’un lien (de voisinage) entre le traité d’alliance et le sacrifice d’un porc aui le sanctionnait.

[…]La méthode, où tout est possible, est ainsi vouée aux pire excès ; jusqu’au milieu du XVIIème siècle on rattachera parlement à “parle et ment”, chemise à sur “chair mise”, chapeau à “échappe eau”, etc., sans qu’il soit toujours facile de déterminer dans quelle mesure l’auteur s’amuse ou non.

Finalement ils avaient raison jusqu’au XVIIème de dire que le parlement est rempli de beaux-parleurs menteurs.

3 L’article

L’article est masculin ou féminin, singulier ou pluriel et défini ou indéfini.

3.1 Défini

L’article défini désigne une chose ou une personne en particulier.

En clair, il permet de rendre unique le nom qu’il précède.

Par exemple :

  • Le bar à côté de chez toi.
  • La chaise devant toi.
  • Les étudiants à la fac.

Du coup, il peut aussi servir à référencer le nom après qu’il ait été mentionné.

Par exemple :

  • Je le vois (en parlant du bar à côté de chez toi).
  • Tu peux la prendre (en parlant de la chaise devant toi).
  • Ils sont très bruyants (en parlant des étudiants à la fac).

Pour prendre une analogie informatique, l’article peut jouer le rôle d’une variable qui n’est rien d’autre qu’une référence à une information stockée en mémoire.

3.2 Indéfini

L’article indéfini désigne une catégorie de choses ou de personnes.

En clair, il s’agit d’un exemplaire parmi d’autres, d’un représentant d’une catégorie, c’est le contraire de l’unicité.

Par exemple :

  • Il y a un bar à côté de chez toi.
  • Tu vois il y a une chaise devant toi.
  • Dans ce restaurant il y a des étudiants qui sortent de la fac.

3.3 L’article contracté

3.3.1 Du = de + le

Par exemple :

  • C’est la voiture du directeur.
  • C’est le vélo du professeur.

3.3.2 Des = de + les

Par exemple :

  • C’est le chien des voisins.
  • Ce sont les skis des enfants.

3.3.3 Au = à + le

Par exemple :

  • Il est au bureau
  • Il va au lycée

3.3.4 Aux = à + les

Par exemple :

  • Ils sont aux sports d’hiver
  • Ils vont aux sports d’hiver

4 Conclusion

Peut-être l’immobilité des choses autour de nous leur est-elle imposée par notre certitude que ce sont elles et non pas d’autres, par l’immobilité de notre pensée en face d’elles.

—Marcel Proust

Dans l’imagerie populaire, en France en tout cas, la voie royale est la filière scientifique.

D’ailleurs je suis sûr que tu as déjà vu tourner cette blague sur les réseaux sociaux :

Les S fabrique le carton, les ES le vendent et les L dorment dedans.

La messe est dite, les scientifiques conçoivent et fabriquent les choses alors que les économistes conçoivent les publicités et les vendent et enfin, les lettrés, rêveurs s’il en est, chôment ou carrément se retrouvent à la rue…

Rien n’est plus éloigné de la réalité, au moins en France, la plupart des individus en position de pouvoir sont des lettrés.

Dois-je te rappeler le statut des enarques ?

Alors, que faire de ce constat ?

Et bien tout simplement, prendre conscience que la maîtrise de la langue française est un atout non négligeable, en plus d’être une source très riche de plaisirs intellectuels.

Bref, voilà mon message du samedi soir.

Bonne soirée et à demain pour la linguistique générale des langues du Monde.

Author: Laurent Garnier

Created: 2020-01-25 Sat 19:18

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L’adjectif en français

Newsletter du samedi 11 janvier 2020

 

Comme d’habitude viens sur MailChimp parce qu’à partir de février la newsletter ne sera plus que là-bas : https://mailchi.mp/e7b89478a13a/ladjectif-en-franais

 

 

L’adjectif en français

En  grammaire, on appelle adjectif (anciennement nom adjectif) une  nature  de  mot  qui s’adjoint au  nom  au sein d’un  syntagme nominal  pour exprimer une qualité (adjectif qualificatif), une relation (adjectif relationnel) ou pour permettre à celui-ci d’être  actualisé  au sein d’une  phrase  (adjectif déterminatif).

L’adjectif qualificatif ou relationnel remplit la  fonction syntaxique  d’épithète  lorsqu’il détermine une propriété spécifique de l’ensemble qu’il qualifie, souvent le nom. Il est dit  attribut  lorsqu’il détermine une propriété générique d’un ensemble évoqué par le nom, par l’intermédiaire d’une  copule, laquelle est typiquement un  verbe.

Les adjectifs déterminatifs constituent avec les  articles  la classe des  déterminants  et se différencient des autres adjectifs leur distribution.

Dans certaines  langues flexionnelles, l’adjectif se  décline. Lorsque ces langues ne possèdent pas de système  casuel, on dit que l’adjectif  s’accorde (avec le nom qu’il qualifie, généralement), c’est-à-dire qu’il reprend ses  traits grammaticaux, comme le  genre  ou le  nombre.

Bon ok c’est technique !

Mais en même temps ça te permet d’observer au moins 2 choses importantes :

  1. L’analyse du langage est très… mathématique, on définit clairement les objets de l’étude ainsi que leurs fonctions et relations avec les autres objets
  2. Certains objets fonctionnent différemment selon les langues ce qui permet de regrouper les langues par familles de propriétés (exactement comme en informatique)

Que le français soit ta langue maternelle ou que tu cherches à l’apprendre, je t’invite à l’observer avec l’oeil du linguiste plutôt que d’apprendre bêtement des règles plus ou moins arbitraire parce qu’on t’a dit “on m’a appris comme ça” ou encore “la maîtresse disait que” ou pire encore “parce que l’académie française l’a dit”.

L’étude linguistique est une affaire de scientifiques, non pas que tu en sois exclu si tu n’as pas de blouse blanche, mais si tu décides de mettre la rigueur et l’esprit critique au placard… ça risque effectivement d’être compliqué.

J’ai confiance en toi, je sais que tu as un cerveau et que tu souhaites le développer.

Dans un monde qui ne cesse de passer les esprits des gens à la moulinette pour les rendre plus bêtes qu’ils ne le sont chaque jour davantage il me semble capital de proclamer l’état de résistance.

Tu pourrais te dire qu’il y a d’autres choses plus urgentes… et les apparences pourraient te donner raison…

Seulement le hic c’est que les apparences sont souvent trompeuses… et c’est bien dans l’essence des choses que tu peux véritablement observer comment le monde fonctionne…

… et l’outil que tu utilises quotidiennement quel que soit le domaine d’étude, d’analyse … mais même quand tu te détends, que tu plaisantes ou quoi que tu fasses, tu utilises le langage !

Et le langage que tu utilises influence considérablement ta vision du monde…

… et si tu ne l’as jamais utilisé il y a fort à parier que tu utilises celui de ta maîtresse d’école ou celui de ton patron ou de ton entourage et qu’en fin de compte toute ta vision du monde ne soit qu’un mirage…

… une illusion de libre arbitre

Dans quelle mesure pourrais-tu prétendre penser par toi-même si tu n’as jamais pensé à analyser le langage que tu utilises ?

Où se cacherait ta liberté si tu n’as jamais critiqué et étudié la langue que tu utilises ?

Désolé pour la douche froide mais en toute franchise, au plus tôt tu découvres ta soumission à tes maîtres au plus tôt tu pourras te développer pour t’en libérer.

Oui je sais c’est beaucoup moins marrant que de regarder Netflix ou de faire comme tout le monde…

… après c’est à toi de voir si tu veux rester dans la matrice ou pas

Alors si tu veux rester dans la matrice désabonne-toi de ma newsletter sinon remplis ce formulaire pour voir ce que tu veux apprendre et/ou ce que tu peux enseigner : https://forms.gle/dsEJfUF3Mg7A4Pqf9

À demain pour les langues étrangères

Être ou ne pas être, to be or not to be, telle est la question

Être ou ne pas être, to be or not to be, telle est la question

Quand tu étudies les langues tu t’aperçois que tu peux les classer en deux catégories, les langues de l’être et les langues de l’avoir.

Je sais que lorsque tu ne t’es jamais posé cette question cela peut sembler absurde, ou tiré par les cheveux ou sorti de nulle part…

Pourtant les linguistes (ou tous les amateurs d’apprentissage analytique des langues) l’ont observé.

Par exemple dans la langue russe tu ne trouveras pas vraiment d’équivalent du verbe avoir comme on l’a en français mais ça je t’en parlerai une autre fois.

Aujourd’hui je vais te parler du verbe être en français.

Ah et si tu te poses la question de savoir si le français est une langue de l’être ou de l’avoir …

… réponse implicite, il te suffit d’observer l’auxiliaire majoritaire pour les temps composés

… réponse explicite, le français est bien une langue de possesseurs donc une langue de l’avoir

Être ou ne pas être

Être ou ne pas être étranger telle est la véritable question lorsque tu t’intéresses au français (la langue).

Et oui la langue française a cela de particulier c’est quelle a une académie

… et cette académie française, je t’ai déjà expliqué sa piètre valeur scientifique…

Oui parce que vois-tu, contrairement aux idées reçues, l’étude des langues est une affaire de scientifiques.

Je te renvoie à mes articles sur l’hermaphrodisme du mot amour ou encore de la lutte des classes en vélo ou à vélo.

Oui la linguistique est une affaire de scientifique parce que ce n’est pas l’application ou la création arbitraire de règles de grammaire mais bien l’étude de l’objet langue.

Il s’agit, comme pour toute science, de procéder en trois temps :

  1. La description de l’objet d’étude
  2. L’élaboration de théories explicatives
  3. Les tests de validité de la théorie

A contrario les grammairiens sont des gens qui soit cherchent à conserver les règles établies soit en créent de nouvelles… à partir de rien en fait.

Les grammairiens sont les prescriptivistes, ceux qui considèrent qu’il y a une bonne façon de parler et une mauvaise.

Malheureusement pour toi et moi, la France est un pays de prescriptivistes d’où les gros yeux lorsque quelqu’un commet une faute de français… crime de lèse majesté…

Le pire dans tout ça c’est que tu as été comme moi conditionné pour devenir un gardien du temple et t’offusquer lorsque des gens commettent des fautes.

Le niveau de langue est clairement un marqueur social et illustre la classe des individus.

Bref, il est très urgent que les linguistes prennent les commandes de l’enseignement des langues.

Tu peux déjà le voir discrètement lorsque tu te renseignes sur les outils pour diffuser l’enseignement.

En effet, l’un des ouvrages de référence, que je recommande également, pour l’enseignement ET l’étude du français est le Grévisse de l’enseignant.

Je l’ai moi-même utilisé lorsque je donnais des cours de français à un membre du gouvernement Vénézuélien lorsqu’il séjournait dans son appartement parisien rue de Rennes dans le 6ème.

Tout d’abord, tu dois savoir que la collection Grévisse a été créé par Maurice Grévisse, grammairien belge qui fait autorité dans le milieu, et que désormais, l’ouvrage est co-écrit par des linguistes, donc des scientifiques.

Hier, sur Instagram je suis tombé sur une studygrameuse (c’est la nouvelle mode des étudiants qui veulent montrer au monde entier à quel point ils sont studieux et ingénieux) qui prépare le CRPE (le concours pour être institutrice) qui promouvait justement ce Grévisse en question…

… preuve s’il en est que le Grévisse ET en particulier l’apparition des linguistes sont les nouvelles référence et donc les choses vont dans le bon sens.

À toi de jouer

Maintenant il y a deux options pour toi :

  1. Tu es français ou francophone de naissance et dans ce cas tu n’auras aucun mal à enseigner les bases du français aux étrangers
  2. Tu n’es pas francophone et tu souhaites apprendre le français

Si tu n’es pas dans l’une de ces deux catégories alors fais passer ce message à quelqu’un qui s’y trouve.

Parce que cette année j’ai décidé de partager les outils que j’ai déjà utilisé par le passé.

Et tu peux voir des preuves et des retours de mes élèves en consultant mon profil ici : https://www.superprof.fr/gagnez-confiance-connaissance-lague-francaise-discussions-via-web-traces-ecrites.html

Notamment tu pourras lire les recommandations de Chrysa (qui est grecque)


et Stacy (qui est américaine) :

Bref, je lance un nouveau cours avec cette double approche à la fois pour les étrangers qui veulent apprendre et pour les francophones qui veulent enseigner.

Le cours sortira samedi prochain mais je te recommande de t’inscrire dès maintenant parce que je ferais une offre promotionnelle pour les pré-inscrits (la pré-inscription est 100% gratuite) : https://laurentgarnier.podia.com/etre-ou-ne-pas-etre

Voilà ça sera un cours calibré autour de l’auxiliaire être.

Chaque semaine je te proposerai un cours ultra ciblé comme celui-ci avec cette double optique étudiant/enseignant.

Voilà, c’est tout pour aujourd’hui.

Alors à demain pour les langues étrangères.